En bref
- En France métropolitaine, 19,5 % des ménages signalent des traces d’humidité sur certains murs de leur logement (enquête Logement 2020).
- Selon l’Anses, 14 à 20 % des logements français présentent des moisissures visibles, avec des effets avérés sur l’asthme et la rhinite allergique.
- Les conditions se sont durcies : en 2024, 75 % des foyers ont restreint leur chauffage pour limiter la facture, et l’année compte parmi les dix plus pluvieuses depuis 1959.
- Les locataires sont les plus exposés : 37 % d’entre eux ont souffert du froid chez eux en 2024, la mauvaise isolation venant juste après le manque de moyens.
- La loi impose au bailleur un logement protégé des infiltrations et correctement aéré ; en attendant les travaux, aérer, mesurer l’humidité et utiliser un déshumidificateur limitent les dégâts.
En France métropolitaine, près d’un ménage sur cinq (19,5 %) signale des traces d’humidité sur certains murs de son logement, d’après l’enquête Logement 2020. L’Anses estime pour sa part que 14 à 20 % des logements présentent des moisissures visibles. Ces chiffres bougent peu d’une enquête à l’autre : en 2013, la part des ménages concernés par l’humidité atteignait 20,7 %.
Ce qui a changé, c’est la façon dont on vit à l’intérieur. Depuis la flambée des prix de l’énergie en 2022, les Français chauffent moins, aèrent moins volontiers et font plus souvent sécher leur linge dans le logement. Chacun de ces gestes favorise la condensation, puis la moisissure, surtout là où les murs sont mal isolés.
La moisissure n’a rien de nouveau. Une large part des logements a été construite avant la première réglementation thermique de 1974, les hivers sont humides dans une grande partie du pays et beaucoup de murs restent froids. Mais plusieurs évolutions récentes se cumulent et rendent le problème plus difficile à éviter, en particulier pour les locataires.
Ce qui favorise la moisissure aujourd’hui
Tout commence par l’énergie. Face à la hausse des prix, le gouvernement a lancé en octobre 2022 un plan de sobriété qui recommandait de ne pas chauffer au-delà de 19 °C. Beaucoup de ménages sont allés plus loin, par nécessité : en 2024, 75 % des foyers déclaraient avoir restreint leur chauffage pour éviter des factures trop élevées, selon le baromètre du Médiateur national de l’énergie. Les chambres restent froides, la salle de bains à peine chauffée. Or l’air froid retient moins de vapeur d’eau que l’air chaud. Quand l’air humide d’une douche ou d’une casserole rencontre un mur froid, il se condense aussitôt. Sur ces surfaces humides, les spores de moisissure, présentes en permanence dans l’air, se fixent et forment des taches visibles.
Parallèlement, on aère moins. Quand on chauffe peu, on hésite à laisser filer la chaleur restante par une fenêtre ouverte. Les entrées d’air finissent parfois bouchées, les fenêtres restent fermées et la VMC tourne au minimum, voire s’arrête pour économiser de l’énergie. Résultat : l’humidité produite dans le logement y reste. Un ménage moyen produit environ dix à quinze litres de vapeur d’eau par jour en cuisinant, en se douchant, en respirant, avec les plantes et le linge.
À cela s’ajoute le linge. Pour économiser l’électricité, de nombreux ménages le font sécher à l’intérieur plutôt qu’au sèche-linge. Un étendoir plein libère facilement deux à quatre litres d’eau dans l’air d’une petite pièce. Dans une chambre peu aérée avec un mur extérieur froid, quelques semaines suffisent pour voir apparaître des taches noires.
Enfin, la météo n’a pas aidé. Selon Météo-France, l’année 2024 a reçu en moyenne 1 075 mm de pluie, soit environ 15 % de plus que la normale, et se classe parmi les dix années les plus pluvieuses depuis 1959. Les sols sont restés plus humides que la normale pendant huit mois, du jamais vu depuis plus de trente ans. Dans les maisons anciennes, mal protégées au niveau du sol ou fissurées en soubassement, cette eau remonte dans les murs. L’aération ne peut rien contre ce type d’humidité : elle ne vient pas de l’air, mais du sol.
Locataires : les plus exposés à la moisissure
Chez les locataires, tous ces facteurs se cumulent. D’après le baromètre 2024 du Médiateur national de l’énergie, un tiers des foyers a souffert du froid dans son logement, une proportion qui a doublé depuis 2020. Les locataires font partie des plus touchés (37 %). Après le manque de moyens, la mauvaise isolation est la raison la plus citée, et elle les concerne davantage que les propriétaires. Les ponts thermiques, ces endroits des murs ou des plafonds où l’isolation manque ou faiblit, sont fréquents dans les logements anciens. À cet endroit, la face intérieure du mur reste plus froide que le reste et l’humidité s’y concentre. Dans un tel logement, vous pouvez aérer autant que vous voulez : la moisissure revient.
C’est un cercle vicieux. Les ménages aux moyens les plus limités vivent souvent dans les logements les moins bien isolés. Ils baissent le chauffage parce que la facture pèse trop lourd, aèrent moins pour ne pas perdre de chaleur et font sécher leur linge à l’intérieur. On leur conseille ensuite d’aérer davantage et de chauffer plus, alors que la cause se trouve dans les murs.
Conséquences sur la santé : que dit la science ?
Les effets sur la santé sont bien établis. Dès 2009, l’Organisation mondiale de la santé concluait qu’il existait suffisamment de preuves d’un lien entre l’humidité des logements et les troubles respiratoires, les infections et l’asthme. En France, l’Anses a confirmé en 2016 des effets avérés de l’exposition aux moisissures : le développement et l’aggravation de l’asthme, chez l’enfant comme chez l’adulte, ainsi que la rhinite allergique.
Certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres. L’Anses cite les enfants dès leur naissance, les enfants et adultes asthmatiques, les personnes prédisposées aux allergies, ainsi que les patients immunodéprimés ou atteints d’une maladie respiratoire chronique. Si un membre de votre foyer est concerné, parlez-en à votre médecin.
Ce que la loi impose au propriétaire
La solution durable ne relève pas de l’occupant. Elle passe par l’isolation, le traitement des ponts thermiques, l’assainissement des soubassements et le remplacement des menuiseries vétustes. C’est le rôle du propriétaire, et la loi l’y oblige. Un logement loué doit être décent : le gros œuvre doit le protéger des infiltrations et des remontées d’eau, et les ouvertures comme la ventilation doivent permettre un renouvellement de l’air et une évacuation de l’humidité adaptés (décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002).
Si votre logement ne respecte pas ces critères, signalez-le d’abord au propriétaire par lettre recommandée avec avis de réception. Vous pouvez aussi passer par la plateforme Signal Logement et, si vous touchez une aide au logement, demander à votre CAF ou à la MSA de faire constater l’état du logement. Faute d’accord, la commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement. Deux mois après une mise en demeure restée sans réponse, vous pouvez saisir le juge des contentieux de la protection, qui peut ordonner les travaux et réduire ou suspendre le loyer. L’ADIL de votre département vous conseille gratuitement à chaque étape.
Mais entre le signalement et la réparation, il s’écoule souvent des mois, parfois davantage. Pendant ce temps, l’humidité reste dans le logement. C’est là que vous pouvez agir vous-même : non pas pour régler le problème de fond, mais pour limiter les dégâts et protéger votre famille pendant l’hiver.
Que pouvez-vous faire vous-même contre la moisissure ?
L’essentiel est de maîtriser l’humidité de l’air intérieur autant que possible. Aérez quand c’est faisable, même si vous perdez un peu de chaleur. Ne faites pas sécher le linge dans les chambres. Écartez les meubles de quelques centimètres des murs extérieurs froids pour que l’air circule derrière. Et surveillez le taux d’humidité avec un hygromètre, un appareil de quelques dizaines d’euros qui vous indique tout de suite la situation. Au-delà de 60 %, la moisissure se développe bien ; au-delà de 70 %, elle prolifère. En dessous de 50 à 55 %, sa croissance stagne.
Si l’aération seule ne suffit pas, un déshumidificateur peut traiter la partie du problème qui se trouve dans l’air. Il ne remédie pas aux remontées capillaires ni à un pont thermique : là, c’est le mur qu’il faut traiter. En revanche, il maintient le taux d’humidité d’une pièce ou d’une chambre sous le seuil à partir duquel la moisissure s’installe. Dans un appartement humide où le propriétaire tarde à intervenir, où l’on fait sécher du linge tous les jours, où l’on cuisine et où l’on respire, un appareil performant peut ramener l’humidité d’environ 70 % à moins de 55 %. Il ne supprime pas la cause, mais il atténue les effets les plus aigus.
Sur le fond, la moisissure est d’abord un problème de bâtiment, pas un problème d’aération. Mais tant que les travaux tardent, faites ce qui est possible chez vous : nettoyer, aérer quand vous le pouvez, mesurer l’humidité et assécher l’air là où cela aide. Non pas parce que c’est votre responsabilité, mais parce que votre santé ne peut pas attendre.
Sources
- Anses, Moisissures dans le bâti, avis et rapport d’expertise collective, 2016
- CGDD-SDES et Insee, enquête Logement 2020, défauts de confort du parc de résidences principales
- Médiateur national de l’énergie, baromètre énergie-info 2024 (enquête de septembre 2024, 2 007 foyers)
- Météo-France, bilan climatique 2024 en France
- Service-public.fr, logement à louer décent
- Organisation mondiale de la santé, lignes directrices sur la qualité de l’air intérieur : humidité et moisissures, 2009
