Pour bien conseiller nos clients, nous devons approfondir le sujet. Quels sont les effets d’une humidité trop élevée ? D’où vient-elle et que peut-on y faire ? Cette page va plus loin que les bases : nous y détaillons la biologie des moisissures à partir d’un rapport de l’institut néerlandais RIVM. Si vous débutez, commencez plutôt par notre article pilier Moisissures et humidité dans la maison.
En bref
- Les moisissures forment un règne biologique à part, plus proche des animaux que des plantes ; les espèces domestiques les plus courantes sont Aspergillus, Penicillium, Cladosporium et Stachybotrys.
- Cinq conditions gouvernent leur croissance : l’humidité (souvent au-dessus de 80 % HR), la température (15 à 30 °C), le pH (4 à 9), un substrat organique et peu de concurrence bactérienne.
- À l’intérieur, ce sont surtout des espèces résistantes à la sécheresse (Aspergillus versicolor, Penicillium chrysogenum) qui dominent, indépendamment de l’air extérieur.
- Les champignons de pourriture du bois, la mérule (Serpula lacrymans) en tête, peuvent endommager gravement la structure d’un logement.
- Selon le RIVM, faire analyser l’espèce est rarement utile : la marche à suivre reste la même, s’attaquer à l’humidité et retirer physiquement la moisissure.
Rapport RIVM 609300022
Problèmes de moisissures et d’humidité dans les logements, la source néerlandaise de référence.
Que sont réellement les moisissures ?
Les moisissures constituent un règne biologique à part entière, distinct de celui des plantes et des animaux. On les croyait autrefois apparentées aux plantes ; la recherche moléculaire a montré qu’elles sont en réalité plus proches des animaux. Elles sont présentes partout sur la planète : dans le sol, sur les plantes, dans les océans et jusque dans les milieux extrêmes comme les régions polaires ou les déserts.
Dans les habitations, les espèces les plus courantes sont Aspergillus, Penicillium, Cladosporium et Stachybotrys. Lorsque l’humidité et les nutriments sont suffisants, certaines forment rapidement des colonies visibles.
Comment les moisissures se reproduisent : le cycle de vie
Une moisissure est constituée de fins filaments, les hyphes, qui forment ensemble un réseau : le mycélium. Cette structure produit des spores qui se dispersent dans l’air. Microscopiques, ces spores s’inhalent facilement ou se déposent sur les surfaces. Dès que les conditions sont réunies (humidité, température, nutriments), elles germent et une nouvelle colonie se forme.
Après une fuite ou un problème d’humidité, la propagation peut être très rapide : la croissance est parfois visible en quelques jours, parfois en quelques semaines selon la température, l’humidité et le matériau disponible.
Quand une moisissure se développe : les cinq conditions
Cinq conditions principales gouvernent la croissance des moisissures :
- Humidité : sans humidité, pas de moisissure. La plupart des espèces exigent une humidité relative d’au moins 80 %, et certaines ne se développent vraiment qu’au-delà de 90 %.
- Température : la plupart des moisissures domestiques prospèrent entre 15 et 30 °C. Certaines survivent et se développent même lentement dans un réfrigérateur.
- pH : l’acidité de la surface compte. Les moisissures se développent en général dans un environnement dont le pH est compris entre 4 et 9.
- Substrat : elles apprécient les matières organiques comme le bois, le carton, le plâtre, le papier peint, la peinture, et jusqu’à la poussière domestique.
- Peu de concurrence : sur les surfaces très humides, les bactéries prennent souvent le dessus. Sur les matériaux plus secs ou difficiles à décomposer, comme le bois, les moisissures l’emportent.
Où trouve-t-on des moisissures dans la maison ?
Les moisissures se développent sur les matériaux contenant de la cellulose ou d’autres composés organiques : papier peint, colle, bois, plaques de plâtre, et même certains enduits (surtout ceux à base de résine synthétique). Les surfaces lisses comme le carrelage y sont moins sensibles, mais des résidus de saleté ou de poussière suffisent parfois. Les endroits les plus exposés sont :
- les caves et les vides sanitaires ;
- les salles de bains, surtout mal ventilées ;
- l’arrière des meubles placés contre un mur extérieur ;
- le pourtour des fenêtres et des encadrements ;
- sous les revêtements de sol ou derrière les plinthes.
Après une fuite, agissez vite
Après un dégât des eaux, chaque jour compte : séchez et ventilez sans attendre pour éviter que les moisissures ne s’installent. Un déshumidificateur bien placé accélère nettement le séchage.
Moisissures dans l’air : intérieur contre extérieur
Des spores de moisissures sont aussi présentes dehors, surtout issues des plantes, mais ce sont d’autres espèces qui dominent à l’intérieur. Dans les logements, on retrouve surtout des espèces résistantes à la sécheresse comme Aspergillus versicolor et Penicillium chrysogenum, qui se développent par exemple dans les matelas ou la poussière domestique.
Comparer directement l’air intérieur et l’air extérieur a peu de sens. Ce sont les sources intérieures qui déterminent la concentration, et dans une maison touchée par les moisissures, celle-ci est nettement plus élevée.
Les dangers des champignons de pourriture du bois
Deux responsables bien connus dans l’habitat sont la mérule (Serpula lacrymans) et le coniophore des caves (Coniophora puteana). Tous deux appartiennent aux champignons de pourriture brune, capables d’endommager gravement le bois.
La mérule est la plus redoutée : elle se développe pour une teneur en eau du bois de 20 à 30 % et peut progresser à travers les murs. Elle produit un très grand nombre de spores, jusqu’à 50 millions par minute et par mètre carré. Le coniophore des caves, lui, exige une humidité plus élevée (50 à 60 %) et se rencontre surtout dans les cuisines et les caves.
Qu’est-ce qui rend les moisissures nocives pour la santé ?
Les moisissures peuvent provoquer des troubles de plusieurs façons :
- les spores, que l’on inhale ;
- de très fines particules de mycélium, qui pénètrent profondément dans les poumons ;
- des composants de la paroi cellulaire comme les β-glucanes ;
- des composés organiques volatils (COV), responsables de l’odeur de renfermé ;
- des mycotoxines, substances toxiques produites en situation de stress.
Certaines personnes y réagissent fortement : sensation d’oppression, réactions allergiques ou aggravation de l’asthme. Le rôle exact des mycotoxines dans les logements n’est pas encore prouvé de façon irréfutable, mais la prudence reste de mise.
Faut-il faire tester ou analyser les moisissures ?
Selon le RIVM, ce n’est généralement pas nécessaire. Déterminer le type ou la quantité de moisissure n’apporte rien, ni pour les problèmes de santé ni pour le nettoyage : le traitement reste le même, s’attaquer à la cause (l’humidité) et retirer physiquement la moisissure.
Les problèmes structurels font exception. En cas de mérule ou de coniophore des caves, un spécialiste peut évaluer s’il faut traiter ou remplacer les éléments touchés.
En conclusion
Les moisissures sont des organismes résistants qui s’installent vite dans une maison humide. Mieux vaut prévenir que guérir. Une bonne ventilation, la détection rapide des fuites et le maintien de surfaces sèches et propres restent les meilleurs garants d’un climat intérieur sain. Pour maintenir l’humidité relative sous la barre des 60 %, un déshumidificateur adapté fait une réelle différence.
Questions fréquentes
Les moisissures sont-elles des plantes ou des champignons ?
Ni l’une ni l’autre au sens strict : les moisissures forment un règne biologique à part. La recherche moléculaire les rapproche davantage des animaux que des plantes.
Quelles sont les moisissures les plus courantes dans une maison ?
Dans les logements, on rencontre surtout Aspergillus, Penicillium, Cladosporium et Stachybotrys. À l’intérieur, les espèces résistantes à la sécheresse comme Aspergillus versicolor et Penicillium chrysogenum dominent.
Qu’est-ce que la mérule et pourquoi est-elle si redoutée ?
La mérule (Serpula lacrymans) est un champignon de pourriture du bois qui progresse à travers les murs et endommage gravement la structure. Elle se développe pour une humidité du bois de 20 à 30 % et libère d’énormes quantités de spores. En cas de suspicion, faites appel à un spécialiste.
Les mycotoxines présentes dans l’air intérieur sont-elles dangereuses ?
Les moisissures peuvent produire des mycotoxines, mais leur rôle réel dans les logements n’est pas encore établi de manière irréfutable. Par précaution, il vaut mieux traiter rapidement toute moisissure et supprimer la source d’humidité.
